Les dunes de Keremma : six kilomètres de sable et une digue de 1826, au nord de Lesneven
Le nord du Finistère réserve un paysage qui ne ressemble pas au reste de la Bretagne. Entre la baie de Goulven et l’anse du Kernic, les dunes de Keremma déroulent plus de six kilomètres de sable blanc, à une dizaine de kilomètres au nord de Lesneven, sur la commune de Tréflez. Un endroit qui paraît sauvage, et qui ne l’est pas : c’est un paysage construit de main d’homme, puis rendu à la nature.
Louis Rousseau, le fondateur
En 1823, Louis Rousseau, originaire de la Beauce, achète 300 hectares de sables volants avec l’idée de les mettre en valeur et de s’y installer avec sa femme, Emma. Avec l’aide des riverains, il stabilise une partie du cordon dunaire grâce à des semis d’herbe, des plantations de pins et de cyprès et des fascines de genêts. Le travail est souvent à recommencer, sous les assauts de la mer et du vent.
En 1826, la construction d’une digue de 700 mètres et l’installation de clapets anti-retour mettent hors d’eau 400 hectares de marécages : ce sont les terres de Lannevez, autrement dit les nouvelles terres. En 1842, le trait de côte se stabilise et des familles de fermiers s’installent sur ces terres gagnées sur la mer. Louis Rousseau donne à son domaine le nom de Ker-Emma, en hommage à son épouse.
La dune, les blockhaus et les décharges
Le site a connu des décennies plus sombres. Pendant la guerre, entre 1939 et 1945, l’occupant allemand y creuse des fossés antichars et construit des blockhaus ; après la guerre, ces fossés servent de décharge. Plus de 300 tonnes de déchets, une infime partie de ce qui avait été enfoui, seront retirées après l’acquisition du site par le Conservatoire du littoral, en 1987. Entre les années 1960 et 1980, le camping sauvage et la circulation des voitures et des motos érodent la dune, qui menace de céder en plusieurs endroits.
Le sauvetage commence en 1987. Les descendants de Louis Rousseau donnent 110 hectares de dunes au Conservatoire, qui en achète 84 de plus auprès de propriétaires de Goulven, de Tréflez et de Plounevez-Lochrist. Le camping sauvage est interdit et des campings municipaux sont créés, le site est déclaré site inscrit au titre de la loi de 1930, et la gestion confiée à un syndicat des dunes. En 1998, elle passe à la communauté de communes, aujourd’hui Haut-Léon Communauté. En 2011, le site est désigné site Natura 2000.
Ce que l’on y voit
La dune se lit par étages : estran, dune mobile, dune fixée, dune boisée, puis les dépressions de l’arrière-dune, chacune avec ses plantes adaptées au sel et au vent. Le chiffre qui impressionne les botanistes : 21 espèces d’orchidées ont été recensées sur le site. Côté oiseaux, la baie de Goulven et les dunes forment une réserve ornithologique de plus de 2 000 hectares, fréquentée par plus de 40 000 oiseaux par an et 163 espèces, surtout en saison hivernale, des milliers de pluviers dorés aux bécasseaux qui suivent le ressac.
L’histoire du site est plus ancienne que la dune. Des tombes mégalithiques, un dolmen, un coffre de l’âge du bronze et du petit outillage du Paléolithique moyen ont été retrouvés sur place, et des fouilles menées en 1978 autour de la chapelle de Guévroc, perdue dans les dunes, ont mis au jour un ancien cimetière du haut Moyen Âge.
Visiter
La Maison des dunes, à Tréflez, sert de porte d’entrée au site, avec un centre de découverte consacré au sable et aux dunes, des animations nature et des sorties. Le GR 34 longe le littoral, et quatre stations d’interprétation jalonnent le parcours : de quoi comprendre comment une dune se forme, se déplace et se répare. Prévoyez de bonnes chaussures et de l’eau, le sable se marche mal, et ne comptez pas couper à travers les zones de nidification au printemps.
Pour prolonger la sortie, nos balades autour de Lesneven couvrent aussi la vallée du Quillimadec et le site de Ménéham, à Kerlouan.
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