Le château de Kerjean : la Renaissance du Léon à dix kilomètres de Lesneven

Vue générale du château de Kerjean à Saint-Vougay, entre enceinte bastionnée et logis Renaissance
Photo : Moreau.henri, CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons)

À dix kilomètres de Lesneven, sur la commune de Saint-Vougay, à mi-chemin de Saint-Pol-de-Léon, une forteresse de granit domine un parc de 19 hectares. Le château de Kerjean, édifié à partir de 1545 par la famille Barbier, passe pour le plus bel ensemble Renaissance du pays de Léon. Son surnom dit tout : on l’appelle le « Versailles de la Bretagne ».

L’argent des toiles

Tout commence par le commerce. À la fin du XVIe siècle, le Léon prospère grâce aux toiles de lin, tissées dans les campagnes et vendues dans toute l’Europe depuis les ports de Morlaix, de Landerneau et de Roscoff. La famille Barbier, une noblesse modeste implantée à Plougoulm et à Tréflez, profite de cette manne pour faire construire, à la place de son manoir, une demeure qui surpasse toutes celles de la région. Le chantier, commencé en 1545, occupe Louis Barbier puis son fils François.

Le nom du maître d’œuvre est resté inconnu. Les formes du château trahissent pourtant les modèles du temps : on y a reconnu l’influence de Jacques Androuet du Cerceau, de Philibert Delorme, qui bâtissait alors les Tuileries, ou encore de l’Italien Sebastiano Serlio.

Une forteresse pour paraître

La demeure de plaisance ne néglige pas la guerre. Les Barbier l’entourent d’une grande enceinte de forme trapézoïdale, remparée, c’est-à-dire doublée d’une levée de terre capable de recevoir des canons. À chacun des quatre angles, un bastion percé de casemates étagées permet de flanquer les courtines. Un fossé sec entoure l’ensemble, franchi par un pont dormant qui mène à une double porte, charretière et piétonne. Ces défenses suivaient les dernières nouveautés de l’architecture militaire européenne : à Kerjean, il s’agissait moins de soutenir un siège que d’afficher la puissance de ses maîtres.

En 1618, la famille demande à Louis XIII d’ériger son domaine en marquisat. Le roi, qui tient le château pour l’une des plus belles demeures de France, accepte.

La marquise et la Révolution

Au XVIIIe siècle, Kerjean passe aux Coatanscour. Sa dernière châtelaine, Suzanne Augustine de Coatanscour, y mène grand train et reçoit la noblesse léonarde. La légende locale en a fait un personnage : on raconte qu’elle tenait le château sur le pied de guerre, faisait relever les ponts-levis chaque soir au son de la cloche et déposait les clefs sous son chevet. La Révolution met fin à ce faste. Arrêtée dans son château, la marquise est condamnée et guillotinée à Brest le 27 juin 1794.

Saisi comme bien national, Kerjean sert d’abord de garnison, puis il est vendu en 1802 à la famille Brilhac, qui participe à la ruine du lieu en revendant le plomb des toitures et les pierres des remparts. Les propriétaires suivants maintiennent l’édifice en l’état. En 1911, l’État rachète le château et le classe aussitôt monument historique.

Un château rendu à la visite

Depuis 1985, le domaine est confié au département du Finistère. La demeure seigneuriale, restaurée, a retrouvé en 2005 ses volumes d’origine, et le château s’inscrit dans le réseau des Chemins du patrimoine en Finistère, aux côtés des abbayes de Daoulas et du Relec ou du domaine de Trévarez.

Autour du logis, le parc conserve les signes de l’ancienne puissance seigneuriale : un colombier de 9 mètres de diamètre, dont la construction était réservée aux nobles avant la Révolution, des poteaux de justice, une fontaine au bord de l’étang et un élégant puits à trois colonnes. Un parterre a été réaménagé en 2011 pour mettre en valeur l’enceinte et ses abords.

Le conseil du guide : prenez le temps de longer l’extérieur des remparts avant d’entrer dans la cour. C’est de loin, en voyant la masse de granit se refléter dans les douves sèches, que l’on mesure l’ambition des Barbier. La visite de l’intérieur, meublé et restauré, complète le tableau.

Kerjean est le grand voisin patrimonial de Lesneven : la ville garde de son côté le porche Renaissance de 1634 de l’église Saint-Michel, un autre témoignage de ce XVIe siècle léonard, présenté dans notre tour du patrimoine de Lesneven. Les deux visites se font aisément dans la même journée, à une dizaine de kilomètres l’une de l’autre.

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