La basilique du Folgoët et l'héritage des enclos, aux portes de Lesneven
Le monument religieux le plus célèbre du pays de Lesneven ne se trouve pas à Lesneven même. Il est au Folgoët, commune limitrophe dont le bâti rejoint celui de la ville au point de n’en former qu’un seul noyau urbain. Sa basilique Notre-Dame attire depuis le Moyen Âge les pèlerins de tout le Léon, et son pardon du premier week-end de septembre reste l’un des grands rendez-vous du nord du Finistère.
Un « fou du bois », un lys et une formule
Tout commence par une légende, celle de Salaün ar Foll, le « fou du bois », Fol ar c’hoad en breton. Ce pauvre homme, dit la tradition, passait sa vie dans les bois en répétant les seuls mots qu’il connaissait : Ave Maria. À sa mort, en 1358, à quarante-huit ans, on découvrit sur sa tombe un lys dont la corolle portait la même formule, écrite en lettres d’or. Le prodige fit du lieu un sanctuaire spontané, et le nom du hameau en garde la trace : Folgoët, le bois du fou.
Le vœu d’un duc, le chantier de son fils
L’histoire bascule en 1364. Jean IV, duc de Bretagne, promet d’élever un sanctuaire s’il sort vainqueur de la guerre de Succession contre Charles de Blois. Vainqueur, il pose la première pierre en 1365. Le chantier traîne, les combats reprennent, le duc meurt en 1399, et c’est son fils Jean V qui achève l’édifice : la chapelle est bénie en 1419, puis érigée en collégiale en 1423, desservie par un collège de chanoines. Une inscription latine gravée sur le portail ouest raconte encore cette fondation.
L’église, bâtie en pierre de Kersanton, surprend par sa façade asymétrique : la tour nord porte une haute flèche de pierre, tandis que la tour sud, laissée inachevée par les bâtisseurs, a reçu au XVIIe siècle un étage de baies en plein cintre entre de lourdes colonnes ioniques. Le porche sud, dit porche des Apôtres, et les bas-reliefs de la façade, l’Adoration des mages et l’Annonce aux bergers, sont ce que le gothique flamboyant breton a fait de plus soigné. Lesneven a son porche Renaissance de 1634 à l’église Saint-Michel, présenté dans notre article sur le patrimoine de la ville ; le Folgoët joue dans une autre catégorie, celle des grands sanctuaires de pèlerinage.
Un jubé de pierre, seul rescapé de Bretagne
L’intérieur réserve la pièce la plus rare : un jubé de pierre, la tribune qui séparait autrefois la nef du chœur où l’on proclamait l’Évangile. Haut de cinq mètres, large de six mètres et demi, composé de trois arcades en plein cintre, il est taillé dans le kersanton comme le reste de l’édifice. C’est le seul jubé en pierre conservé en Bretagne : partout ailleurs, ces ouvrages étaient en bois, et la plupart ont disparu aux siècles suivants. On doit à la pierre du Folgoët d’avoir échappé à ce sort.
La statue vénérée de Notre-Dame, également en pierre de Kersanton, a été couronnée solennellement le 8 septembre 1888 devant une foule considérable, un épisode que raconte un grand vitrail du XIXe siècle. Ces vitraux actuels datent tous de cette époque : les verrières médiévales ont été détruites par l’incendie de 1708, et le peintre Émile Hirsch en a fourni les cartons entre 1866 et 1869, dont une verrière consacrée à Salaün offerte par le recteur de l’époque.
L’enclos, le calvaire et la fontaine
Autour de l’église, le placître forme un enclos complet, dans la grande tradition du Léon. Au sud, un calvaire du XVe siècle haut de six mètres marque la limite avec la rue ; à l’est, une fontaine, réputée miraculeuse, termine l’ensemble. La coutume voulait que les jeunes filles en quête d’un mari y jettent une épingle : si elle flottait, le mariage était pour l’année. Les pardons ont gardé leur force : chaque premier week-end de septembre, le grand pardon attire plusieurs milliers de personnes, et au mois de mai, les Pemp Sul, les « cinq dimanches », rythment le sanctuaire d’une succession de messes mariales.
Le Folgoët appartient à la même communauté Lesneven Côte des Légendes que Lesneven, et la visite se marie sans effort avec une matinée au marché du lundi, à quelques kilomètres de là.
Le conseil du guide : venez le premier week-end de septembre pour voir le pardon dans toute sa ferveur léonarde, ou un jour calme de semaine pour lire les bas-reliefs de la façade sans être bousculé. La basilique se visite librement ; prévoyez un arrêt à la fontaine en sortant, au bout du placître.
Pour compléter le tour du patrimoine local : le patrimoine de Lesneven, la présentation de la ville et nos balades vers la côte.
En images
Photos