La ceinture dorée : les légumes qui ont fait la fortune du Léon
De la côte nord du Finistère, entre Roscoff et Paimpol, on dit qu’elle est dorée. La « ceinture dorée » désigne la bande littorale qui va du Trégor au Léon, poussée parfois jusqu’à la région de Saint-Malo, et son or tient en deux productions : le chou-fleur et l’artichaut. Lesneven, ville de marché au cœur du Léon, a vécu de ce commerce autant que les exploitations qui l’entourent.
Un climat qui vaut de l’or
Tout part de la mer. La proximité de la Manche et le prolongement du Gulf Stream adoucissent les hivers, écartent le gel et relancent tôt la végétation au printemps. Ce climat océanique, régulier, naturellement arrosé, sans à-coups de chaleur, permet de cultiver des primeurs et de desserrer le calendrier de récolte sur des créneaux précoces et tardifs. Les sols limoneux font le reste.
Le savoir-faire a suivi. Le maraîchage léonard s’est développé surtout à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, porté par un second atout : le chemin de fer. Avant lui, les productions partaient par la mer, souvent vers le marché britannique, dans le sillage des Johnnies de Roscoff et de leurs oignons vendus de porte à porte en Grande-Bretagne.
Le chou-fleur, puis l’artichaut
La montée en puissance est spectaculaire. Dans la région de Saint-Pol-de-Léon, la culture du chou-fleur passe de 16 900 tonnes pour la campagne 1913-1914 à 48 621 tonnes pour celle de 1926-1927. Un journal de 1937 décrit la relève saisonnière : à peine la campagne du chou-fleur terminée, celle des artichauts s’ouvrait, avec des charretées qui stationnaient « journellement » sur la place du marché. Les expéditions d’artichauts, elles, passent de 2 000 tonnes en 1934 à 8 000 tonnes en 1936.
Le rail a été le vecteur de cette croissance. En 1936, 31 271 tonnes d’artichauts sont parties par le train, dont 18 523 tonnes depuis la gare de Saint-Pol-de-Léon : il faut imaginer les wagons chargés chaque nuit, et les gares voisines, Plouénan, Morlaix, Taulé-Henvic, Roscoff, qui complètent le dispositif. La destination principale restait le marché français, mais 6 524 tonnes prenaient le rail vers la Suisse et la Belgique.
Le cadran et la marque
Après-guerre, la filière s’organise. La crise du marché légumier du Haut-Léon et du Trégor, qui court de 1957 à 1967, pousse à la création de marchés au cadran, à Saint-Pol-de-Léon, Plérin et Saint-Méloir-des-Ondes : les ventes y sont plus rapides et mieux rémunérées, et les invendus reculent. Le cadran, cette horloge qui fait baisser le prix jusqu’à ce qu’un acheteur l’arrête, devient l’outil du pays.
L’ensemble est aujourd’hui fédéré par la marque Prince de Bretagne, qui regroupe environ 1 700 maraîchers indépendants réunis en coopératives. Une règle simple : les fruits et légumes de la marque sont cultivés sur une bande de 25 kilomètres de large longeant la côte nord, autrement dit dans la ceinture dorée. La gamme compte 141 types de fruits et légumes, dont le chou-fleur, l’échalote traditionnelle, le brocoli, la pomme de terre primeur et le fameux artichaut Camus de Bretagne.
Ce que pèse la ceinture dorée
Les chiffres actuels donnent la mesure du bassin léonard autour de Saint-Pol-de-Léon : environ 1 100 exploitations, 110 millions de têtes de chou-fleur par an, 35 000 tonnes d’artichauts, autant d’échalotes et de tomates, 15 000 tonnes d’endives et autant de brocolis, 10 000 tonnes de pommes de terre primeurs et 5 000 tonnes d’oignons rosés, conditionnés et expédiés principalement par la coopérative de Saint-Pol-de-Léon. S’y ajoutent, depuis quelques années, les légumes sous abri, le bio, les fleurs coupées et les plantes de pépinière.
À Lesneven, ce monde agricole se donne rendez-vous à la ville : le marché du lundi, tenu depuis le Moyen Âge, reste l’un des plus importants du Finistère, et il garde la trace de cette économie de primeurs, avec ses étals de légumes arrivés des fermes voisines le matin même.
En images
Photos