Le château de Kérouzéré, forteresse du XVe siècle à Sibiril
À une vingtaine de kilomètres au nord-est de Lesneven, la route descend vers la baie de Sibiril et l’on voit d’abord un mur. Puis les tours, la courtine, le donjon posé sur l’angle. Le château de Kérouzéré a été bâti entre 1425 et 1458, à la fin de la guerre de Cent Ans, et il a traversé six siècles sans être reconstruit. C’est l’une des dernières forteresses médiévales du Finistère, et la seule du XVe siècle ouverte au public dans le département.
Jean de Kérouzéré, échanson du duc
Le commanditaire s’appelle Jean II de Kérouzéré, échanson du duc Jean V de Bretagne. La charge consistait à servir le vin du duc et à goûter les plats : une fonction de cour, réservée à un noble de confiance, qui explique en partie les moyens engagés. Le château contrôle alors un domaine agricole et un passage vers la mer, dans une zone où les Anglais et les troupes du roi de France ont circulé pendant la guerre.
Le plan est celui d’une forteresse quadrangulaire, avec un châtelet d’entrée, des courtines et un donjon. Les mâchicoulis, les archères et les tours d’angle disent la fonction militaire. Une particularité du bâtiment : la galerie de circulation aménagée dans l’épaisseur des murs, qui permettait de se déplacer à l’abri des tirs et de défendre chaque face.
1590, le siège et le ralliement
Un siècle et demi plus tard, le château entre dans les guerres de la Ligue. En 1590, alors que la Bretagne se déchire entre partisans du roi Henri IV et ligueurs soutenus par l’Espagne, Kérouzéré est assiégé. Son propriétaire d’alors, Pierre de Boisséon, prend le parti du roi, ce qui épargne sans doute à la place un sort plus violent.
Vers 1600-1602, la forteresse est remaniée pour devenir une résidence. Les ouvertures se multiplient, le confort progresse, la fonction militaire recule. C’est de cette époque que date une partie du décor intérieur, avec ses cheminées monumentales et ses plafonds peints.
Ce qu on voit à l intérieur
La visite guidée conduit par le châtelet, la cour, le logis et les salles basses. Le grand escalier à vis, la salle des gardes et les appartements du XVIe siècle sont meublés et ornés de tapisseries. Le point d’orgue reste la charpente du donjon, qui a gardé ses assemblages d’origine et se lit comme un traité de menuiserie médiévale.
À l’extérieur, la basse-cour abrite un moulin des XVIe et XVIIIe siècles sur le Guillec, la rivière qui alimentait le domaine. Le parc, aménagé plus récemment, présente une collection de plantes vivaces, avec un jardin potager et un verger conservatoire. L’ensemble reste une propriété privée, ouverte au public à la belle saison.
1883, le classement et le sauvetage
Comme beaucoup de châteaux bretons, Kérouzéré a failli disparaître. Le classement au titre des monuments historiques, en 1883, a été la première étape du sauvetage. La famille de la Lande de Calan, qui en est propriétaire, a conduit les restaurations successives, avec l’aide de l’État pour les parties protégées.
Le château ouvre d’avril à la fin septembre, avec des visites guidées en été. Un festival médiéval y est organisé chaque année en août, et l’intérieur est fermé pendant ces deux jours pour cause de spectacles. Hors saison, le site ne se visite pas.
Le gisant de Sibiril
À quelques centaines de mètres de là, l’église Saint-Pierre de Sibiril conserve le gisant de Jean de Kérouzéré, le fondateur. La pierre, sculptée après sa mort, montre le seigneur en armes. C’est le complément naturel de la visite : on comprend en la regardant que le bâtisseur est resté dans la mémoire locale, et que le château lui doit son nom.
Le pays compte d’autres demeures fortifiées, du manoir au château de la Renaissance. Pour comparer, notre page sur le château de Kerjean, à Saint-Vougay, décrit un autre grand édifice du Léon, plus tardif et plus résidentiel.
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