Le petit train de Lesneven : la ligne Landerneau-Brignogan, 1894-1946
Pendant plus d’un demi-siècle, Lesneven a eu sa gare. Un petit train à voie métrique, parti de Landerneau, traversait la ville avant de descendre vers la côte, jusqu’à Brignogan. Il a transporté des voyageurs, des marchandises et des bêtes de foire, de 1894 à 1946. Il n’en reste plus rien, sinon le souvenir et quelques traces dans le paysage.
Une loi, sept stations et deux haltes
Tout commence par une loi, celle du 14 février 1891, qui déclare d’utilité publique la construction d’un réseau de chemin de fer d’intérêt local dans le Finistère. Le réseau est prévu à voie d’un mètre de largeur, plus étroite que le réseau principal, ce qui permet des courbes serrées et des ouvrages moins coûteux. La ligne qui concerne Lesneven part de Landerneau et rejoint Plounéour-Trez en passant par ou près Plouédern, Trémaouézan, Ploudaniel, Lesneven, Plouider et Goulven. Le texte prévoit des stations pour les voyageurs à Landerneau, Trémaouézan, Ploudaniel, Lesneven, Plouider, Goulven et Plounéour-Trez, et de simples haltes à Plouédern et au Folgoët. Lesneven se trouve donc à mi-parcours, avec une station en bonne et due forme.
1894, le premier train
La ligne est mise en service en 1894 jusqu’à Plounéour-Trez, puis prolongée en 1901 jusqu’à Brignogan, plus à l’ouest sur la côte. Une seconde voie ferrée, reliant Plabennec à Lesneven, ouvre en 1904 : la ville se retrouve ainsi à la croisée de deux lignes. L’ensemble appartient aux Chemins de fer départementaux du Finistère, qui exploitent ce type de réseau dans tout le département.
Les jours de foire
Le chemin de fer n’a pas créé la vocation commerciale de Lesneven, il l’a servie. La ville, qui a perdu de bonne heure son rôle de capitale administrative du Léon, reste au XIXe siècle un centre de foires et de marchés. Les foires se tiennent le dernier lundi de chaque mois, et les récits de l’époque en donnent la mesure. En 1886, un observateur décrit une ville qui retrouve ce jour-là sa vie d’autrefois, les halles et la place de l’église couvertes de bancs et de tables, les marchands arrivés en longues voitures bâchées, les paysans venus en charrettes ou à pied, et une circulation rendue impossible par les chevaux, les vaches, les porcs et les moutons.
Un professeur de philosophie du collège de Lesneven, Louis Gillet, décrit vers 1901 une petite ville qui s’emplit les jours de marché de blouses bleues, de charrettes et de coups de fouet, et où la vieille capitale du Léon n’a guère conservé que son rôle de foire. En 1924, un médecin traversant la Bretagne raconte la même cohue, avec ses rues affectées à un rayon : la rue des vaches, la rue des poules, la rue des cochons, et la rue des serviteurs, où les gens de ferme attendent la louée annuelle. Les foires de Lesneven ont disparu vers 1965, longtemps après le dernier train.
1946, la fin des deux lignes
La route a eu raison du petit train. Les deux lignes, celle de Landerneau à Brignogan et celle de Plabennec à Lesneven, ferment en 1946. La gare de Lesneven disparaît, et le trafic se reporte sur les autocars. Il reste aujourd’hui un tracé, visible par endroits dans la campagne, comme sur cette portion photographiée à Ploudaniel, et des souvenirs de famille.
Le conseil du guide : pour retrouver cette époque, la basilique du Folgoët est à quatre kilomètres de Lesneven, sur l’ancien parcours de la ligne, et c’est la halte la plus proche du centre-ville. Une visite de l’enclos paroissial, puis un détour par les halles de Lesneven, donnent deux éclairages complémentaires sur la même région : l’un religieux, l’autre commercial.
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